Dimanche 6 mai 2007
lettre du 6 mai 2007
Des lieux et des émotions
En plus de scander l'organisation spatiale du territoire, d'affirmer tant au passant qu'à l'habitant l'identité, la force et la présence de la religion, les oratoires reflètent aussi la richesse, le savoir-faire, l'art des communautés ou des personnes qui présidèrent à leur construction.
En Conflent, l'affirmation de la croyance était omniprésente, sûrement, mais, à quelques exceptions près, sans ostentation ; si les retables y brillèrent de tous leurs ors à la lumière des chandelles, c'est leur simplicité, leur rusticité même qui distinguent les oratoires de ce pays.
Bien visibles, ils se fondent pourtant dans ce paysage fait de main d'homme.
Son matériau de base est la pierre des alentours, schistes bruns, gris ou bleus, granit gris ou jauni roulé par les torrents, calcaires et griottes ou marbres clairs, liés à la chaux vive, serrés à la glaise, reflet d'une société "simple, souvent fruste, industrieuse par nécessité, habile et farouche, d'hommes profondément croyants, ce qui ne veut pas dire forcément religieux".
Fanal pour le voyageur itinérant sur un cami de Compostelle, ou sur un chemin de pélerinage moins lointain, jalons à vue de l'aplec de Saint-Jacques de Calahons, étape pieuse et reposante, oeil de Dieu autant que Garde vigilante, ils sont les signes de la religiosité de ce pays.
Dans ce paysage, l'homme moderne peut se promener et, à l'instar d'un Thoreau, d'un Humbold ou plus proche de lui d'un Kenneth White, se laisser aller à la contemplation de la nature et à ressentir l'éveil d'un sentiment religieux de la nature. Il peut tout autant profiter de la calme considération du génie humain et des lieux où il s'exprime.
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